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Une affaire parvient au tribunal : un tournant en République Dominicaine

Le nouveau Code pénal de la République dominicaine (loi 74-25) est entré en vigueur le 3 août. Les législateurs ont eu des années de débat et toutes les occasions d'inclure les trois exceptions. Ils ont choisi de ne pas le faire. Le nouveau code maintient l'interdiction totale de l'avortement, sans aucune exception, ce qui fait de l'affaire actuellement portée devant la Cour constitutionnelle la voie restante la plus claire vers le changement. Les enjeux décrits ci-dessous viennent d'augmenter.

Pour la première fois, la lutte contre l’une des interdictions de l’avortement les plus strictes au monde fait l’objet d’une audience devant la plus haute juridiction de la République dominicaine. Une affaire portée devant la Cour constitutionnelle par Rosa, la mère d’une jeune femme décédée après s’être vu refuser des soins vitaux, est désormais examinée par cette instance. Après plus d’une décennie de mobilisation, ce simple fait constitue une avancée majeure — le signe qu’un combat longtemps relégué à la marge est désormais au cœur de la vie juridique du pays. Cette interdiction a été transposée telle quelle dans le nouveau Code pénal du pays, en vigueur depuis le 3 août 2026.

Pourquoi cette affaire revêt-elle une importance particulière aujourd’hui ?

La République dominicaine applique une interdiction totale de l'avortement. Elle n'admet aucune exception : ni lorsque la grossesse résulte d'un viol, ni lorsque la patiente est mineure, ni lorsque la poursuite de la grossesse mettrait la vie de la patiente en danger, ni lorsque le fœtus ne peut survivre hors de l'utérus. Dans ce contexte, le fait de solliciter des soins peut être considéré comme un délit, et les professionnels vers lesquels les personnes se tournent en situation de crise risquent des poursuites pour avoir apporté leur aide.

Dans l’affaire Rosa, il est demandé au tribunal de reconnaître ce que les défenseurs des droits de la région appellent les trois motifs — trois exceptions minimales : lorsqu’une grossesse résulte d’un viol, lorsque la vie de la personne enceinte est en danger et lorsque le fœtus n’est pas viable. Ce ne sont pas là des revendications radicales. Il s’agit du seuil minimal que la plupart des pays considèrent déjà comme acquis, le strict minimum nécessaire pour empêcher une loi de nuire à ceux-là mêmes qu’elle prétend protéger.

Le fait que la Cour constitutionnelle examine désormais cette affaire constitue en soi une nouvelle. Pendant des années, ce débat a animé les rues, les centres d’accueil et la détermination des familles qui refusaient de laisser leurs histoires tomber dans l’oubli. Aujourd’hui, il se déroule au sein de la plus haute instance où sont examinées les lois du pays. Une audience n’est pas encore une victoire, mais c’est la porte par laquelle une victoire devient possible.

Une mère qui refusait de lâcher prise

La fille de Rosa avait seize ans lorsqu’elle est décédée, privée du traitement dont ses médecins savaient qu’il aurait pu la sauver, simplement parce qu’elle était enceinte. Depuis lors, Rosa a transformé le chagrin lié à la perte de sa fille en action, travaillant aux côtés d’une organisation partenaire de Fòs Feminista et d’une large coalition de militantes féministes pour mener cette affaire jusqu’à ce stade. C’est grâce à sa persévérance qu’une affaire classée a été rouverte et que le tribunal doit désormais se prononcer.

C’est ce que les mouvements féministes font le mieux : ils refusent d’accepter qu’une loi injuste soit immuable. Ils transforment une perte personnelle en revendication publique. Et ils persévèrent bien après que les gros titres ont tourné la page, ce qui explique précisément pourquoi une affaire comme celle-ci survit suffisamment longtemps pour être entendue.

Ce que l'attention du tribunal ne peut effacer

Les autorités dominicaines ont mis en avant des chiffres encourageants en matière de santé publique cette année, notamment une baisse signalée de la mortalité maternelle. Ces progrès sont réels, et le mérite en revient aux personnes qui travaillent au sein des systèmes de santé dominicains. Mais les progrès mesurés en moyennes ne touchent pas la personne qui se trouve en marge d’une exception qui n’existe pas : la patiente atteinte d’un cancer, la survivante de violences, la jeune fille dont la grossesse ne peut être menée à terme en toute sécurité. Un pays peut faire baisser ses chiffres globaux tout en laissant certaines personnes sans aucune voie légale d’accès aux soins. Les victimes de ces lois apparaissent rarement dans les statistiques. C’est en partie pour cela que de telles lois perdurent.

Une décision favorable ne suffirait pas non plus à lever tous les obstacles du jour au lendemain. Même si ces trois exceptions étaient reconnues, les personnes concernées resteraient confrontées à la peur, à la stigmatisation et à un système de santé qui a été conditionné à considérer les patients comme des risques juridiques. Cette affaire judiciaire marque un début, pas une fin.

Extrait d'un reportage régional

Ce qui se déroule en République Dominicaine ne reste pas isolé. Dans toute l'Amérique latine et les Caraïbes, les mêmes questions sont tranchées dans les salles d'audience, les cliniques et les législatures. Dans certains endroits, la Vague verte a élargi l’accès à ces services ; dans d’autres, des mesures récentes ont rendu plus difficile pour les plus jeunes victimes de violences l’accès à la prise en charge que la loi leur garantit déjà. Les droits qui n’existent que sur le papier, ou uniquement lorsque un prestataire est disposé à agir, ne sont pas encore des droits garantis. Les progrès réalisés dans un pays renforcent la cause dans le pays voisin, et un revers subi n’importe où met tout le monde sous pression.

C’est pourquoi la solidarité transfrontalière revêt toute son importance tant qu’une question reste en suspens, et non pas une fois qu’une décision a été prise. Fòs Feminista collabore avec des partenaires dirigés par des féministes en République dominicaine et dans toute la région, en leur apportant des ressources, de la visibilité et un soutien constant afin que les militantes locales puissent poursuivre leur combat aussi longtemps que nécessaire.

Restez avec cette histoire

Les procédures judiciaires avancent lentement, souvent à l’abri des regards du public, et l’attention a tendance à s’estomper avant que l’issue ne soit connue. Ce désintérêt n’est pas anodin : c’est grâce à lui que des lois extrêmes perdurent. Rosa n’a pas voulu que sa fille devienne une simple note de bas de page. Le moins que nous puissions faire, c’est de rester vigilants, de continuer à nous informer et de soutenir les mouvements qui font avancer cette cause.

L'affaire est maintenant devant les tribunaux. La fenêtre de solidarité est ouverte maintenant.