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La stratégie de santé mondiale de l'Amérique d'abord : Quand l'aide devient un empire
En septembre 2025, la Stratégie de santé mondiale de l'Amérique d'abord (AFGHS) présente un plan visant à utiliser la diplomatie en matière de santé mondiale et l'aide étrangère pour rendre l'Amérique “plus sûre, plus forte et plus prospère”, tout en affirmant qu'il mettra fin aux “inefficacités, aux gaspillages et à la dépendance”. Dans le même temps, il marque un net recul par rapport à des décennies de coopération bipartisane en matière de santé mondiale, le budget de l'administration pour l'année fiscale 2026 prévoyant une réduction de 62% de l'aide étrangère pour la santé.
Avec le lancement de l'AFGHS, la santé mondiale est recadrée comme une stratégie politique explicite visant à poursuivre l'avantage national américain. Ce changement redéfinit les priorités en fonction de l'idéologie et de l'alignement politique national, plutôt que des besoins fondés sur des preuves ou de l'équité mondiale, en mettant de côté les services de routine et essentiels au profit d'une préparation aux épidémies définie de manière étroite. Elle fait également progresser un modèle qui “n'affirme l'appropriation nationale que de manière rhétorique”, tout en dictant la manière dont les pays du Sud doivent concevoir leurs stratégies de santé, fixer les priorités et mettre en œuvre les programmes, notamment par le biais de protocoles d'accord bilatéraux qui placent les États-Unis “aux commandes” des agendas nationaux en matière de santé.
L'AFGHS propose également un réalignement fondamental de l'agenda basé sur les droits vers un agenda commercial, en positionnant l'assistance sanitaire mondiale comme un moyen d'étendre les marchés pour les technologies américaines. Elle présente l'Afrique comme “un continent d'importance stratégique pour les intérêts nationaux des États-Unis”, citant des “minéraux clés et des éléments de terre rare” liés à des applications militaires et commerciales, et montre comment l'assistance sanitaire peut devenir un levier dans les négociations. Dans ce contexte, la “souveraineté sanitaire” est utilisée comme une façade qui risque de vider les systèmes de santé nationaux du Sud de leur substance, au profit des intérêts des capitaux privés, tout en affaiblissant la coordination multilatérale et la gouvernance mondiale partagée en matière de santé.